Bien qu’il s’agisse d’une histoire cruelle écrite par le poète romain Ovide, nous allons tout de même la raconter ici : Un jour, la déesse Diane était à la chasse, mais elle n’avait pas réussi et était donc de mauvaise humeur. Lorsqu’elle tomba sur un berger qui jouait de sa flûte, elle lui reprocha d’avoir fait fuir le gibier, lui arracha les deux yeux de colère et les jeta par terre. Mais elle regretta aussitôt son geste et, comme elle ne pouvait pas le défaire, elle fit pousser des œillets dans les yeux du malheureux (d’où le nom français “oeillet”, c’est-à-dire petit œil).

Ce qui est historiquement correct dans cette histoire, c’est le fait que l’œillet a été découvert et répandu par des soldats romains. Quelques siècles plus tard, les croisés l’ont finalement introduit dans des régions plus septentrionales, où il est rapidement devenu populaire en tant que plante ornementale et où on lui a attribué de nombreuses propriétés positives. Au Moyen Âge et à la Renaissance, elle était déjà considérée comme un symbole de fiançailles et d’alliance.

Dans les régions germanophones, elle était également appelée “Nägelin”, ce qui est en fait le résultat d’une confusion : La forme de sa fleur ressemble certes à celle du clou de girofle (qui, une fois séché, rappelle les clous), mais les deux n’ont rien à voir sur le plan botanique. Malgré cela, l’œillet est ainsi devenu le symbole de la souffrance du Christ, qui a été cloué sur la croix, comme on peut le voir par exemple sur le tableau de Léonard de Vinci “La Madone à l’œillet” (l’enfant Jésus saisit l’œillet – une référence à sa future mort sur la croix).

Même au cours des siècles suivants, on a toujours attribué à l’œillet une valeur symbolique élevée (les nobles condamnés pendant la Révolution française portaient par exemple un œillet rouge sur leur chemin vers la guillotine, symbole de leur attachement à la royauté), jusqu’à ce qu’il soit rejeté comme “bourgeois” et “petit-bourgeois” dans la deuxième moitié du 20e siècle et disparaisse presque complètement des salons de la bourgeoisie. Ce n’est que ces dernières années qu’elle connaît une sorte de petite renaissance et qu’on la retrouve à nouveau dans les bouquets de fleurs, les compositions florales et dans les salons des gens.